L'affaire abeilleLes chercheurs ont déterminé deux caractéristiques principales de l'abeille européenne. D'abord, c'est l'une des abeilles les plus productives du monde. Et c'est aussi l'une des plus "gentille". Mais ce deuxième élément a plutôt tendance à les inquiéter. En effet, ils craignent que contrairement à ses cousines asiatique ou africaine, elle soit moins apte à se défendre face à ses ennemis potentiels, de plus en plus nombreux. Ses homologues asiatiques (Apis ceranae) résistent bien mieux qu’elle au champignon Nosema ou au Varroa destructor, se battent plus férocement contre le frelon à pattes jaunes. De même, l’agressive abeille africaine sait repousser le petit coléoptère des ruches (Aethina tumida), face auquel, elle, est sans défense. Inquiets de la douceur de nos abeilles, les chercheurs de l'Inra d'Avignon se sont intéressé de près à leur moyen de défense. Et se sont aperçus que, si elles sont en retard sur leurs compatriotes, les européennes acquièrent tout de même peu à peu de nouvelles méthodes pour répondre aux nouvelles menaces qui les touchent. Un sacrifice social
Ils ont par exemple constaté que les abeilles nourricières, si elles détectent une infection du couvain par des parasites, n’hésitent pas à expulser les larves affectées de la ruche. Un comportement, qui tiennent presque du sacrifice, mais qu'on peut considérer comme une forme d’immunité sociale. De même, ils ont remarqué que les jeunes abeilles porteuses de parasites deviennent butineuses de manière précoce et passent plus de temps hors de la ruche. Ce qui leur permet de s’isoler et ainsi limiter les contacts avec leurs congénères et donc la propagation du parasite au sein de la colonie.

Les abeilles savent se soigner

Lorsqu'une infection se déclare dans la ruche, elles réagissent. Les butineuses s'activent doublement pour rapporter un maximum de propolis, cette résine aux fortes propriétés antibactériennes, à la colonie.

Elles ont changé pour s'adapter au Varroa

Lorsque cet acarien a envahi la France à partir de 1982, la quasi-totalité des colonies sauvages a péri. Mais, dès 1994, des essaims sauvages sont réapparues, dont certaines sont capables de résister au Varroa . Comment ? Soit elles sont capables d’inhiber la prolifération du parasite, soit elles ont appris à éliminer les alvéoles infectées. Ces nouvelles aptitudes permettent à ces colonies d'afficher une espérance de plus de 8 ans, malgré une infestation chronique. Les chercheurs pensent que ces populations d’abeilles, convenablement sélectionnées, pourraient être à l’origine d’un nouveau cheptel d’abeilles hygiéniques, résistant au Varroa destructor.

Elles s'autodéfendent de plus en plus contre le frelon à pattes jaunes

Petit à petit les abeilles européennes apprennent à contrattaquer lorsque le frelon à pattes jaunes les attaque. Pour cela, elles ont acquis différentes techniques de combat que les scientifiques ont répertorié. D'abord, le corps à corps. L’abeille parvient à planter son aiguillon en premier, elle tue alors son adversaire, mais meurt à son tour  car elle ne peut pas vivre sans son aiguillon. Deuxième tactique, moins suicidaires : elles s'unissent à trente ou quarante abeilles pour former une boule compacte autour de l’envahisseur et l'étouffer. Enfin, et plus surprenant : elles se placent côte à côte, devant l'entrer de la ruche, et forment une ligne animée qui ondule. Ces motifs en mouvement effraient le frelon, qui préfère alors battre en retraite. Encore très rares en Europe, ce dernier comportement pourrait peu à peu s’étendre.