Une équipe de l’Inra d’Avignon et du Laboratoire microorganismes, génome et environnement de Clermont-Ferrand qui dépend du CNRS et de l'Université Blaise-Pascal viennent de démontrer que des abeilles malades de la nosémose succombent à de très faibles doses de pesticides, bien en deçà des doses mortelles. Si le rôle des pesticides dans l'augmentation de la mortalité des abeilles depuis une quinzaine d'année était constaté par les apiculteurs en voilà une preuve scientifique. Aucun facteur pris seul : baisse de la quantité et de la diversité des ressources alimentaires, maladies, exposition aux pesticides, ne suffisait pour expliquer le phénomène. Les spécialistes ont donc entrepris des recherches sur les effets combinés de ces facteurs. Et c’est bien un cocktail mortel qui expliquerait cette disparition de masse. En laboratoire, Frédéric Delbac et ses collègues ont exposé à de faibles doses d’insecticides des abeilles saines et des abeilles infestées par le champignon Nosema ceranea, microparasite intestinal présent dans la quasi-totalité des ruches en France. Les abeilles parasitées succombent à des doses de pesticides très inférieures aux doses mortelles, contrairement aux abeilles saines, rapportent les chercheurs. Ces résultats ont été obtenus avec différentes familles de persticides : le fipronil (le Régent) et les thiacloprides dont le Gaucho fait partie. Ils ont aussi été reproduits sur des reines, en condition naturelle (ils sont en attente de publication). D’autres maladies, comme la varroa (causée par un acarien) ou la loque (causée par une bactérie), sont probablement également impliquées dans cet effet mortel pour les ouvrières. Reste pour les chercheurs à comprendre en détail les rouages de cette synergie.