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100 ans de passion pour les abeilles : chapitre 1

1920-1950 : la découverte de l’apiculture

L’histoire d’un homme de la terre

Jean Mary naît en 1894, dans une ferme du Maine-et-Loire, dans le territoire des Mauges, à la frontière de la Vendée militaire.

Ses parents agriculteurs lui enseignent très tôt le bon sens de la terre. La vie se rythme au fil des saisons, des cultures, des floraisons et de l’élevage. Pour nourrir toute la famille, son père lui montre comment profiter des bienfaits de la terre, mais surtout comment la respecter et en tirer parti en toute bienveillance. La graine est semée… À mesure que Jean grandit, son ardeur au travail décuple. La nature devient sa bien-aimée, il respecte ses humeurs.

 

Une passion, née pendant la Première Guerre mondiale

Alors qu’il vient tout juste de fêter ses vingt ans, la Première Guerre mondiale éclate en France. Jean a l’âge d’être appelé… Le cœur serré, il quitte la ferme familiale pour rejoindre le front.

Nommé Caporal en mars 1916, Jean est fait prisonnier le 2 avril de la même année et est envoyé en Poméranie (ex Pologne) au stalag d’Altdamm. Retenu dans des conditions sanitaires déplorables, il y contracte la typhoïde et est exilé en Suisse où il se rétablit péniblement.

La convalescence est longue et Jean s’ennuie loin de sa ferme natale. Près de l’hôpital, il découvre un lycée agricole et en profite pour prendre quelques cours. Le programme l’attire : cours avicoles et apicoles. Il maîtrise déjà les bases du métier de paysan… Mais c’est l’apiculture qui éveille le plus sa curiosité. Une véritable révélation : le début de sa passion pour les abeilles…

Les professeurs lui font découvrir un monde mystérieux, régi par une organisation pointilleuse et une intelligence animale hors norme. Le jeune homme est fasciné par l’organisation de ces insectes.

Jean est captivé par ce qu’il observe. L’incroyable solidarité et la cohésion des abeilles bourdonnent en lui. Sa première piqûre d’abeille lui inocule une passion qui sera bientôt déterminante pour son avenir !

Le saviez-vous ?

Les abeilles vivent en colonie autour de leur mère. La reine est la seule reproductrice, les ouvrières étant au service de la communauté. Au cours de sa courte vie d’environ 45 jours, l’abeille remplira six fonctions différentes dans la ruche : nourrice, nettoyeuse, cirière, gardienne, puis ventileuse et butineuse. Quant au mâle, appelé aussi « faux bourdon », il n’a qu’un rôle : la fécondation de la reine, puis il disparaît en hiver, chassé par les abeilles.

 

   

La guerre se termine enfin. Lorsque Jean rentre chez lui, dans les Mauges, la rumeur se répand comme une traînée de poudre, essaimant dans les villages des environs… « Jean Mary a appris à s’occuper des abeilles ! ». De quoi intéresser les nombreux agriculteurs voisins qui possèdent, pour la plupart, une ruche dans leur ferme. Il va de villages en hameaux, visiter les « bourniers » ; ces ruches en paille ou en osier que les paysans ont installées dans le fond de leur jardin.

Le saviez-vous ?

L’hiver, l’apiculteur pose les ruches sur des rondins de bois pour les isoler du sol et les oriente au sud pour profiter du moindre rayon de soleil. Ainsi, la colonie se protège du froid et subsiste en consommant ses réserves de miel. Au réveil du printemps, les abeilles sortent de la ruche et ramènent le fruit de leur butinage pour nourrir les jeunes larves, appelées “couvain”. Fleurs de saules, prunelliers, pissenlits, aubépines, pommiers, poiriers... offrent leur nectar à la colonie. Les alvéoles se remplissent de miel et annoncent l’essaimage.

 

Rapidement, le jeune homme décide de ne plus limiter son activité au soin des ruches voisines, en construisant les siennes. C’est ainsi qu’en 1921, Jean fabrique ses premières ruches en bois, à cadres mobiles. Les premières de la Famille Mary, il y a 100 ans… En ce mois de juillet 1921, sous une sécheresse et une chaleur historique, il fait ses premières récoltes de miel. Le nectar liquide doré coule bientôt dans son seau ; fruit de la nature, des fleurs et des abeilles.

Le saviez-vous ?

Le miel est une substance sucrée créée par les abeilles à partir du nectar des fleurs. Les fleurs, pour attirer les abeilles et assurer la pollinisation, sécrètent ce nectar. Les abeilles récupèrent ce liquide sucré puis le stockent dans leur jabot. Le jabot est une poche spéciale où commence la transformation chimique du miel. Une fois retournée à la ruche, les butineuses déposent leur récolte et la transmettent aux autres ouvrières qui vont s’échanger cette nourriture. Le nectar se mélange ainsi à leur salive et devient un liquide sirupeux. Il sèche ensuite dans les alvéoles en cire jusqu’à évaporation de l’eau. Les alvéoles sont ensuite refermées, ce qui permet au miel d’être conservé. Pour un litre de miel, 5 litres de nectar sont nécessaires, soit plus de 500 000 voyages entre la ruche et les fleurs !

 

 

Le moulin de Beau Rivage

Jean rêve à présent d’acheter une maison. On l’informe de la vente d’un moulin à eau, avec une maison d’habitation, qui se déroule aux enchères dites « à la bougie ». Dès que la première mèche s’éteint, une deuxième est allumée puis une troisième après l’extinction de la deuxième. Lorsque la dernière finit sa combustion, c’est le dernier enchérisseur qui remporte le bien.

La demeure, construite en 1690, s’est transmise entre familles de meuniers, autour du moulin à eau destiné à la production de farine. Aujourd’hui, jour de la vente, la rivière est justement en crue. Cinquante centimètres d’eau s’infiltrent dans la maison… Loin d’être découragé, Jean y voit un emplacement idéal pour ses cultures et ses abeilles.

Il devient ainsi l’heureux propriétaire du moulin de la Gouberte, du nom du village situé sur les hauteurs de la commune de Saint-André-de-la-Marche, aux confins des trois provinces du Poitou, de l’Anjou et de la Bretagne. Il décide de rebaptiser sa propriété. La sérénité et la pureté de cette vallée préservée d'Anjou, arrosée par la rivière La Moine, l’inspirent. « Beau Rivage » sonne déjà comme une évidence…

Bientôt, Jean épouse Adèle et s’installe dans la partie gauche de la maison. Le couple fonde une famille nombreuse que dix enfants viendront égayer. Pour nourrir sa progéniture, Jean élève lapins et poules à Beau Rivage et fabrique des ruches pour augmenter sa récolte de miel. La vie est simple, au rythme des saisons et en communion avec la nature.

Les années d’après-guerre (1920-1927) apportent un élan exceptionnel à l’économie française. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, une crise financière sans précédent sonne déjà le glas des années d’insouciance.

 

Surmonter la dépression des années 1930

Le 24 octobre 1929, un krach boursier sans précédent survient à New York. En France, la crise se manifeste violemment six mois plus tard. Le chômage explose, c’est la Grande Dépression qui commence dans le pays et vient peu à peu toucher les villes, puis les campagnes. Le pays des Mauges n’est plus épargné…

Jean doit travailler dur pour nourrir sa famille. En 1935, il se rapproche de collègues apiculteurs bretons avec lesquels il crée “la Fédération Apicole de Bretagne”. Dans un esprit d’entraide, comme leurs abeilles, ils unissent leur force pour vendre leur récolte auprès d’une clientèle diversifiée. Ainsi naissent les foires au miel dans l’ouest de la France, à chaque mois de novembre et de février. Jean s'intègre rapidement et est apprécié au sein de la communauté. Tel un essaim, les apiculteurs se déplacent de ville en ville, en Bretagne.

En juin 1936, les congés payés offrent une nouvelle lueur d’espoir ; les migrations estivales de touristes ne tardent pas à affluer bientôt sur la côte atlantique. Jean en profite pour faire découvrir le fruit de ses abeilles aux vacanciers. Il s’aventure, direction La Baule, avec sa camionnette remplie de miel, pour proposer ses récoltes sur les marchés d’été. En deux mois, il vend toute sa production !

 

 

 

Le miel : l’or de la Seconde Guerre mondiale

La guerre vient cependant stopper le développement des nouvelles activités commerciales de Jean. Il parvient malgré tout à faire vivre sa famille. En cette période, le sucre est devenu quasi inexistant et le miel est une denrée rare et précieuse qu’il troque facilement contre d’autres produits de première nécessité. Malgré l’Occupation, l’ambiance est paisible au moulin de Beau Rivage, loin des bombardements qui frappent les villes françaises. La vie à la campagne est rude, mais préservée de la violence de la guerre.

Dès leur tout jeune âge, les fils et filles de Jean et Adèle Mary goûtent à la passion de leur père. Le miel fait partie de l’alimentation quotidienne. Translucide, fluide, coloré ou crémeux… À chacun son préféré !

Le saviez-vous ?

Le miel se déguste comme du vin, du fromage ou de l’huile d’olive. On appelle cet art, la mélilogie ! Apprenez à distinguer les variétés, les arômes et les textures pour pouvoir juger de la qualité des miels en toute connaissance de cause.

Étape 1 : L’examen visuel : Évaluez la présence de résidus provenant de l’extraction ou d’écume à la surface du pot. Un miel est parfait lorsqu’il est mature et a été soigneusement filtré à plusieurs reprises. Le miel existe dans de nombreuses teintes du noir au blanc. Le miel de tilleul est particulièrement clair, tandis que le miel de sapin est très foncé voire noir.

Étape 2 : L’examen olfactif : Le miel doit dégager des effluves qui correspondent à son origine florale. Si vous sentez une note particulièrement fumée, elle peut trahir un enfumage excessif de la ruche lors de la récolte des rayons de miel.

Étape 3 : L’examen gustatif : Les professionnels et jurés des concours de miel conseillent de se rincer la bouche avec de l’eau et de manger un morceau de pomme acide avant chaque dégustation pour optimiser le potentiel gustatif. Avec de l’expérience, on peut déceler si le miel est plutôt fruité (citron, mûrier), floral (oranger, lavande) ou plus végétal (thym, sarrasin).

Étape 4 : L’examen tactile : Le miel a une texture liquide à solide en fonction de sa cristallisation ; allant du miel crémeux comme le miel d’acacia  au miel de trèfle qui colle et ne coule pas. Pour maintenir un miel liquide à crémeux, conservez-le à environ 18 °C. Pour liquéfier un miel figé, réchauffez-le au bain-marie à 40 °C maximum pour ne pas altérer sa qualité.

 

 

Même s’il a peu de temps à leur consacrer, Jean aime partager avec ses enfants sa passion des abeilles. Il leur apprend à reconnaître leur bourdonnement, à découvrir la reine, à chercher les essaims accrochés aux branches, à récolter les premiers miels de ses ruches et de celles des fermes voisines. Il y a peu de travail en cette période difficile et l’apiculture est un bon moyen de former les fils de Jean à un métier.

Du haut de ses quatre ans, le jeune André est fier d’accompagner pour la première fois son père aux ruchers. Pourtant, ce jour-là, il expérimente sa première piqûre d’abeille. La douleur est insoutenable pour le petit bonhomme qui hurle. Son père ne connaît qu’un remède : « Tu pisses dans ta main et tu frottes ! ». L’anecdote fera rire longtemps…

Le saviez-vous ?

L’ammoniaque de l’urine coupe le feu du venin des abeilles.